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Paru dans La Grotte d’Azil, p. 141-143. Une autre version se trouve dans Les Pasteur du Désert I, p. 293.

Nous as-tu rejetés, et ta main redoutable,
Ô Pasteur éternel,

Frappera-t-elle encor le reste lamentable
Des brebis d’Israël ?
Souviens-toi de Jacob ! Rappelle en ta mémoire
Ta sainte nation !
Souviens-toi que ton trône, et ton sceptre, et ta gloire
Fut toujours en Sion !

Sion dont la splendeur dut avoir la durée
Du céleste flambeau,
Regarde, hélas ! Seigneur, ta Sion adorée
N’est qu’un morne tombeau !

Babel la foule aux pieds ! Ses bannières sanglantes
Flottent sur nos remparts !
Ses guerriers ont rugi dans nos têtes tremblantes
Comme des léopards !

Et la hache abattait (devant tes foudres calmes !)
Tes portiques divins,
Les colonnes de bronze aux chapiteaux de palmes,
L’arche et les chérubins !

Et le fer, et la flamme, et la luxure immonde
S’est ruée au Saint-Lieu !
"profanons, disaient-ils, détruisons, que le monde
N’ait plus un temple à Dieu !"

Plus de cité pour nous, plus d’autel, plus d’oracles,
Plus d’espoir maintenant !
Nul prophète vengeur opérant tes miracles !
Nul archange tonnant !

Fouleront-ils longtemps ta gloire dans la poudre
Avec ton peuple saint ?
Laisseras-tu longtemps ton bras où dort ta foudre
Replié sur ton sein ?

Des fers de Pharaon, Seigneur, ta main puissante
Délivra nos aïeux !
Et la mer à ta voix recula mugissante
Devant leurs pas joyeux !

Le noir dragon du Nil sous ton pied qui le broie
Expira, rugissant !
Aux peuples des déserts ta main comme une proie
Jeta léviathan !

Comme de leur tombeau tu retires de l’ombre
L’aurore et le soleil,
Et du ciel orageux tu chasses l’hiver sombre
Devant l’été vermeil.

Sauve-nous donc, Seigneur ! Seigneur, Sion succombe
Et périt sans retour !
Oh ! n’abandonne pas l’âme de ta colombe
Aux serres du vautour !

Quand le monde du crime est le sombre repaire,
Ne nous délaisse pas,
Nous pauvres, nous proscrits, nous qui toujours, ô Père,
T’invoquons ici-bas !

Éternel, lève-toi ! Prends ton tonnerre, et lance
Un foudre consumant !
Anéantis Babel, Seigneur ! Son insolence
Monte éternellement !