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postheadericon Fauvette

Paru dans L’Arise, p. 13-16.

Je la vois qui ça et là
D’un rien s’effarouche,
Pique ceci, mords cela,
Combat une mouche ;
Chante en tournoyant dans l’air,
Puis se mire au ruisseau clair,
Pimpante et coquette,
Boit et fuit comme l’éclair :
Salut, ma fauvette !

Elle enlève un long cheveu,
Le duvet qui traîne ;
Cherche le romarin bleu
Ou le blanc troëne
Puis, ouvrière en plein vent,
Coud sans aiguille, et souvent
Tisse sans navette,
Son frêle hamac mouvant :
Salut, ma fauvette !

Elle couve, et dans son nid
Son espoir se berce ;
Mais voilà que Dieu bénit
Son œuf blond qui perce.
C’est, ô charme de ses yeux !
Un nid d’oisillons joyeux
Leur bourlet en tête,
Couronne d’argent soyeux :
Salut, ma fauvette !

Puis, mère docte, elle instruit
Ses enfants bien sages,
De quoi le nid se construit,
De l’art des présages ;
L’aspect des vents et des eaux,
Chants qui trompent les réseaux,
Prière, hymne et fête,
A l’angelet des oiseaux :
Salut, ma fauvette !

Angelet de qui dépend
Le sort de sa race,
Garde-la bien du serpent
Du milan vorace,
De l’ouragan ravisseur,
Et du destin, noir chasseur !
Moi, pauvre poète,
Je t’implore pour ma sœur !
Adieu, ma fauvette !