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postheadericon L'oiseau du ciel

Publié dans Béranger et Lamennais, Paris, 1861, p.3-4.

Petit oiseau des vallons de l'Arise,
J'ai vu le jour près de l'antre pieux
Où sa cascade en écumes se brise,
Et se lamente aux tombeaux des aïeux.
Là, sous la roche, au nid de la colombe,
Dieu me nourrit d'harmonie et de miel :
Fils du désert, la foi meurt, le jour tombe,
Chante, dit-il, soupire, oiseau du ciel !

Et je chantais Dieu, nos monts et leurs gloires,
Nos vieux héros, nos bercails et leurs jeux.
Mais j'étais né, blanc, dans des heures noires ;
Au ciel régnaient des astres orageux.
L'air, pur d'abord, s'obscurcit, et la foudre
Frappe le chêne, et l'ouragan cruel
Disperse aux vents mon nid, et dans la poudre
Roule et meurtrit, hélas ! l'oiseau du ciel.

Comme un vautour la mort ravit ma mère,
Qui m'abritait, tremblante ; et les malheurs
M'ont harcelé, doux chantre, âme éphémère,
De cieux en cieux, de douleurs en douleurs.
Triste exilé, j'ai revu la colline,
Le bord natal, le tombeau maternel ;
Au nid désert l'âme est plus orpheline ;
J'ai dit au sort : Reprends l'oiseau du ciel !

Et de nos monts la tempête fatale
Dans ton Paris m'a jeté... Sombre enfer !
Dans ces palais où tant d'orgueil s'étale,
Les toits sont d'or et les cœurs sont de fer.
Ô luth du pauvre, ô chantre, tu devines
Mes longs ennuis, mon déplaisir mortel.
Mais vers ton seuil, deux aurores divines,
L'aube et l'espoir, guident l'oiseau du ciel.

Oh! prend pitié ! Le vent dans mon plumage
Siffle, et l'hiver m'apporte ses frissons.
Mais à ton feu renaîtra mon ramage ;
Je te dirai mes plus tendres chansons !
Des troubadours et de l'antique Hellade
J'ai dans la voix le parfum et le sel.
Mais l'aile pend à la triste ballade,
Comme le cœur tombe à l'oiseau du ciel.

Quel lai veux-tu, dis, quel hymne sonore ?
L'âme captive au cou du rossignol ?
L'ange exilé ? Roland vainqueur du Maure ?
Ou l'émir Sanche ? ou le pâtre espagnol ?
Non, barde, entends l'hymne que la phalange
Chantait autour du char de l'Eternel,
Lorsqu'il tonna devant la roche, où l'ange
Sur un tombeau berça l'oiseau du ciel.

Ô monts, ô bois, grotte, fleuve, rivage,
J'expire, hélas! sur un bord étranger.
Oh! prend pitié de l'oiseau que l'orage
Roule à tes pieds, mourant, ô Béranger !
Oh! s'il survit à la tourmente amère,
Il t'aimera, glorieux ménestrel,
Barde sauveur, comme il aimait sa mère !
Ne laisse pas périr l'oiseau du ciel !